CARNETS DESCARTES

Pourquoi les camemberts sont (doivent être) plats ?

Ils ont envahi les rapports, les bilans, les analyses, les articles de fond des médias. On s'en sert pour représenter des ventilations budgetaires, des résultats électoraux, des statistiques d'enquête ou encore des origines géographiques. Leur nom officiel est diagramme circulaire, mais personne ne les connait sous cette dénomination. Tout le monde les appelle des camemberts. La métaphore alimentaire existe aussi en anglais où on les appelle des pie chart, littéralement des diagrammes "en parts de tarte".    

camembert plat

Leur intérêt est de pouvoir représenter sur un seul graphique la décomposition une grandeur donnée en sous-catégories de tailles différentes : populations, montants financiers... Leur succès provient de ce que la plupart de nos logiciels bureautiques, tableurs, logiciels statistiques sont capables de vous résumer vos données sous cette forme en deux coups de cuiller à pôt (ou plutôt, de louche à mouler le camembert... au lait cru, ça va de soi).

Pour la visualisation des données, le camembert est utile dans certains cas : lorsqu'il n'y a pas trop de sous-catégories (sinon, il y a trop de portions à découper et on ne voit plus rien) et lorsque celles-ci sont toutes de taille suffisante pour être visibles (au moins quelques pourcents). L'exemple montré ci-dessus est adapté.

Pourtant, dans la course aux outils de communication "séduisants", sont apparus ces dernières années les graphes avec des effets 3D et en particulier le  "camembert en perspective". Celui-ci sévit partout, dans les publications, les média et les présentations des collègues et des administrations. On peut apprécier l'esthétique de ces extrusions, parfois avec ombres et reflets, qui font chic dans un diaporama ou un document de synthèse, pourtant, à mon sens, le camembert en 3D est une hérésie. La troisième dimension n'est pas utilisée pour apporter la moindre information et, comme on va le voir, elle en fait même perdre.

 Camembert3D 

La perspective transforme le cercle initial en ellipse et modifie l'apparence des secteurs du cercle. Un des intérêt du camembert est de permettre de percevoir d'un seul coup d'œil la dimension relative des secteurs. Quand on a un camembert bien rond et plat, la surface de chaque secteur et la longueur de l'arc de cercle qui le borde sont tous les deux proportionnels à l'angle  du secteur. Tout est donc cohérent.

Dans un camembert en relief, les secteurs sont déformés par la perspective. La surface n'est plus proportionnelle à l'angle, ça dépend de si le secteur est positionné en avant, sur le coté ou en arrière. Notre cerveau reçoit des informations contradictoires et ça fausse l'impression générale : doit-on se fier à l'angle ou à la surface ? Si on est manipulateur, on peut même s'arranger pour positionner les secteurs de telle sorte que certains paraissent artificiellement plus grands ou plus petits qu'ils ne le sont en réalité. Regardez la taille relative des secteurs bleu et jaune dans l'animation ci-dessous, le secteur bleu est 50% plus grand que le jaune, mais l'impression visuelle varie en fonction de l'angle de rotation.

 

Doughnut en rotation 

Conclusion : les camemberts en perspective sont jolis, mais ils sont à proscrire si on veut une représentation conforme et sincère des données. Alors un seul mot d'ordre, exigeons des camemberts AOC au lait cru et des camemberts (diagrammes) plats et ronds.

 Camembert de Normandie