Le Procès du Singe

Le “Procès du Singe”

Tête de Darwin sur un corps de singe 

Une histoire vraie, qui mêle biologie, enseignement, droit et politique

 

Le décor

Une chaleur étouffante écrase la salle d’audience du tribunal de Dayton, modeste chef-lieu du comté de Rhea, dans le Tennessee. La salle est bourrée à craquer, près de mille personnes, dont une partie a du rester debout au fond. On s’est battu pour avoir des places et les retardataires ont été obligés de rester à l’extérieur. Les hommes, en bras de chemise, bretelles apparentes, essaient de trouver un peu de fraîcheur en s’éventant avec leur canotier ou avec des éventails en paille. En ville règne une ambiance de fête foraine, les immeubles de la rue principale sont pavoisés de calicots et de banderoles et des marchands ambulants de limonade font recette auprès de la foule de curieux attirée par l’événement. Il y a même des montreurs de chimpanzés sur la pelouse à l’extérieur du tribunal. Les mauvaises langues disent que ces animaux seront appelés à témoigner pour la défense, dans ce que l’on appellera désormais le Monkey Trial, le procès du singe.

Nous sommes le vendredi 10 juillet 1925, le public et les badauds attendent en effet l’arrivée du juge John Raulston pour l’ouverture de ce qui s’annonce comme l’affaire judiciaire du siècle dans l’Amérique de l’entre deux guerres : “John Scopes contre l’État du Tennessee”. Plus de 200 journalistes sont présents, et, fait rarissime pour l’époque, on a installé une douzaine de téléscripteurs dans cette bourgade perdue du Sud profond, pour que les chroniqueurs juridiques puissent transmettre en direct leurs papiers dans toutes les grandes villes du pays. Une station de radio de Chicago est même venue sur place avec son matériel et, pour la première fois au monde, une partie des débats sera retransmise sur les ondes.

 

Les plus grands avocats

Il faut dire qu’il y a du beau linge sur le banc des avocats. Du coté de l’accusation, le principal ténor est William Jennings Bryan. Ce n’est pas rien : Bryan, ancien élu du Nebraska au Congrès, a été trois fois le candidat malheureux du parti démocrate à l’élection présidentielle américaine en 1896, 1900 et 1904. En 1912, lorsque les démocrates reprennent enfin la Maison Blanche avec l’élection de Woodrow Wilson, il devient Secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères), poste qu’il occupera jusqu’à l’entrée en guerre des Etats-Unis, en 1917. En ce 10 juillet 1925, à 65 ans, Bryan est donc une personnalité nationale de premier plan. C’est un grand orateur, populiste, défenseur des plus modestes, qui a milité pour le vote des femmes et la prohibition. Fils de pasteur baptiste, ses discours sont émaillés de citations bibliques et c’est un fervent chrétien pour qui il n’existe pas de frontière entre religion et politique.

 

Clarence Darrow 

Clarence Darrow

Pour lui donner la réplique, du coté opposé du prétoire, il y a Clarence Darrow. Crâne dégarni, nœud papillon en bataille, cigare vissé au coin des lèvres, Darrow est probablement l’avocat le plus célèbre des Etats-Unis. Son éloquence force l’admiration, en même temps que son égo énerve. Athée notoire, farouche adversaire de la peine capitale, il arrive à Dayton tout auréolé de sa notoriété dans un procès qui a défrayé la chronique un an plus tôt à Chicago : l’affaire Leopold et Loeb. Ces deux brillants étudiants homosexuels avaient kidnappé et assassiné un jeune adolescent de leur voisinage, non pas pour l’argent, mais gratuitement, pour se prouver qu’ils étaient capables de commettre un crime parfait. Influencé par les écrits de Nietzsche, Leopold et Loeb se prenaient pour des “surhommes”. Malgré l’horreur de ce fait divers qui servira de base au scénario du film La corde de Hitchcock, Clarence Darrow est arrivé a sauver leurs têtes en faisant une vibrante plaidoirie contre le principe de la peine de mort. Aujourd’hui à Dayton, il est le principal avocat de la défense et si il a accepté le dossier, c’est en partie par conviction personnelle, mais aussi parce qu’il rêve de croiser le fer avec William Bryan.

 

Un accusé "propre sur lui"

Mais quel acte particulièrement odieux John Scopes a-t-il  pu commettre pour justifier la présence de ces deux sommités du barreau et l’intérêt de tout un pays ? A première vue, il n’a rien d’un criminel ou d’un monstre. Scopes est un jeune homme posé de 24 ans, le visage poupin entouré de cheveux roux frisés, coupés courts, cravaté, les yeux cerclés de petites lunettes rondes. Il est professeur au collège du comté où il enseigne l’algèbre, la physique et, occasionnellement, la biologie. Il est de plus entraîneur de l’équipe locale de football et assiste régulièrement au service religieux du dimanche à l’église méthodiste de Dayton. Un modèle de jeune américain, bien propre sur lui. Son crime affreux : il a reconnu avoir enseigné l’évolution des espèces à ses élèves, en cours de science.  Oui, il est mis en accusation pour avoir évoqué une théorie largement admise par les scientifiques devant les chères têtes blondes du comté. Aujourd’hui cela paraît à peine croyable, presque risible. Pourtant, en 1925 dans les collèges publics de l’état du Tennessee, il est strictement interdit d’enseigner que l’homme descend du singe, ou d’ailleurs de quoi que ce soit d’autre. Dieu a créé l’homme à son image, dit la Genèse, et on ne rigole pas avec la Bible dans les états du Sud.

 

John T. Scopes - professeur de sciences à Dayton/Tennessee 

John T. Scopes

Dans ces années de l’après première guerre mondiale, les communautés conservatrices et religieuses du centre et du sud des Etats-Unis ont le sentiment de vivre un effritement des valeurs morales et religieuses des pères fondateurs de l’Amérique. La libération des mœurs pendant les années folles, le succès de la musique de jazz, la montée du matérialisme scientifique, tout ceci est ressenti comme une attaque sur les fondements même de leur société. La théorie de l’évolution de Darwin, qui propose une explication rationnelle à la diversité des espèces vivantes et à l’origine de l’homme, cristallise les réactions des fondamentalistes baptistes des états du sud, la Bible Belt. Pour eux, les chantres du darwinisme sont tous des athées, des matérialistes, voire des francs-maçons. C’est donc une opposition frontale entre cultures qui se fait jour dans cette première moitié des années vingt.

Porté par cette vague, le 21 janvier 1925, John Butler, agriculteur et représentant à l’assemblée du Tennessee dépose une proposition de loi visant à interdire spécifiquement l’enseignement de l’évolution dans tous les collèges et universités publics de cet état :

Il est illégal pour tout professeur dans n’importe lequel des universités et établissements d’enseignement financés en totalité ou en partie par des fonds de l’Etat, d’enseigner toute théorie qui contredise l’histoire de la Création divine de l’Homme telle qu’elle est enseignée dans la Bible et d’enseigner à la place que l’Homme descend d’un ordre inférieur des animaux.

Une semaine plus tard, la loi est adoptée par l’assemblée du Tennessee avec une majorité écrasante (71 voix contre 5), elle prévoit une amende de 100 à 500 dollars par infraction pour les enseignants fautifs. Promulguée par le gouverneur en mars 1925, elle devient officiellement le Butler act. Dès lors, de Memphis à Nashville, Darwin devient hors-la-loi.

Cette loi est tout à fait exceptionnelle, dans toute l’histoire de la législation américaine c’est la première fois et probablement la seule qu’il est spécifiquement interdit d’enseigner quelque chose. L’American Civil Liberties Union (ACLU), la puissante association de promotion des droits et libertés civiques aux Etats-Unis, considère que c’est une loi scélérate, en contradiction manifeste avec plusieurs parties de la constitution américaine. Le premier amendement, en particulier, qui instaure la séparation entre politique et religion, interdit explicitement aux états de légiférer pour réglementer les pratiques religieuses qui doivent rester dans la sphère privée. En ce printemps 1925, les dirigeants de l’ACLU sont donc décidés à aller au clash avec l’état du Tennessee et à faire un exemple de cette confrontation. L’affaire de Dayton est tout sauf un hasard, c’est une opération organisée, presque une conspiration, dont John Scopes sera la victime consentante et même volontaire.

 

Le complot

Au printemps 1925, l’ACLU ouvre les hostilités en publiant une petite annonce dans les journaux du Tennessee : “Recherche enseignant prêt à défier le Butler act anti-évolutionniste, l’ACLU prendra en charge l’organisation et les frais de la défense au procès”. La volonté de l’affrontement est donc délibérée, l’objectif étant d’utiliser un éventuel procès comme une tribune pour montrer l’ineptie et l’anticonstitutionnalité de la loi. Paradoxe savoureux, en cette année 1925 dans le Tennessee, il existe un seul manuel officiel pour l’enseignement de la biologie au collège, A Civic Biology, or ce manuel fait explicitement mention de l’évolution des espèces et de l’origine de l’homme. Il est donc matériellement impossible à un enseignant de respecter la nouvelle loi, faute de support pédagogique adapté.

Dayton est une paisible bourgade assoupie, nichée dans les monts Cumberland, au centre du Tennessee. Avec ses 1800 habitants, rien ne la prédisposait à recevoir le déferlement de curieux et de journalistes à l’occasion de ce qui va devenir le premier grand procès médiatique de l’histoire américaine. C’est un de ses habitants, George Rappalyea, le patron d’une mine de charbon locale, qui a l’idée de demander à un enseignant de Dayton de se porter volontaire auprès de l’ACLU. Le plan de cet ancien new-yorkais émigré dans le Tennessee est de créer un événement qui focaliserait l’attention sur leur comté qui se dépeuple progressivement et permettrait de redynamiser l’économie locale. En faisant que le procès se tienne dans leur ville, il veut organiser à peu de frais un “coup de pub” pour leur communauté. Il organise avec quelques amis une réunion au drugstore local pour en discuter. Avec quelques notables locaux, ils tombent d’accord sur l’intérêt du projet. Par chance, le patron du drugstore, Fred Robinson, est aussi le président du conseil d’administration du collège local, ils vont donc chercher le jeune professeur de science, John Scopes, pour lui demander son accord pour être le premier contrevenant officiel au Butler act. Celui-ci se laisse convaincre de s’embarquer dans cette aventure. Début mai 1925, George Rappalyea envoie donc un télégramme au siège l’ACLU à New-York pour obtenir leur accord. Quelques jours plus tard l’association confirme son soutien. Dès le lendemain, Rappalyea “dénonce” Scopes au sheriff, qui l’arrête. La machination aboutissant au “procès du singe” est lancée.

 

Georges Rapplyea (à gauche) à Dayton 

Georges Rappalyea (à gauche), le cerveau & le dénonciateur

 

Les deux parties, évolutionnistes et anti-évolutionnistes, sont décidées à en découdre et vont donc se chercher des porte-paroles capables de défendre leur cause.  L’accusation et la défense auront chacune plusieurs avocats  mais la personnalité des deux principaux protagonistes finalement retenus, Bryan et Darrow,  est on ne peut plus contrastée : le prêcheur baptiste contre le libéral agnostique. Une opposition de cultures, de styles et de convictions. Seul point commun, leurs très grands talents d’orateur, qui promet donc un affrontement homérique, de quoi allécher les chroniqueurs juridiques de tout poil.

 

Le procès

Le procès tiendra toutes ses promesses, avec rebondissements, effets de manche, controverse de procédure. Toutes ses promesses, sauf une, on ne juge pas John Scopes, on ne conteste même pas le fait qu’il ait enseigné l’évolution. Non, l’enjeu est ailleurs, bien plus vaste, il s’agit d’une lutte entre science et religion, entre foi et connaissance. Bryan dira “si l’évolution gagne, la chrétienté disparaît”, Darrow lui répond “ce procès n’est pas celui de Scopes, c’est celui de la civilisation”. De multiples incidents et rebondissements émaillent la semaine que dure le procès. A l’ouverture des débats, le juge Ralston fait dire une prière, ce qui a pour effet de mettre Darrow hors de lui. Bryan demandera ensuite à ce que texte de la Genèse, dans la version traditionnelle du roi James, soit versé comme pièce au dossier. Le juge lira à haute voix les 31 premiers versets qui décrivent la première version de la Création. Darrow réplique en faisant une demande préliminaire d’annulation des charges contre Scopes au motif que la Genèse contient deux récits successifs de la Création, qui sont partiellement contradictoires. Par exemple, la Création d’Adam à partir de glaise et d’Eve à partir d’une côte d’Adam ne figure que dans le second récit et pas dans les 31 premiers versets qui ne font mention que de “Dieu créa l’Homme à son image”. Si il y a deux récits différents de la Création, Darrow soutient que le Butler act est trop vague et ne peut être appliqué, donc son client doit être relaxé. Le juge et Bryan balaient cet argument en disant que c’est une remarque dilatoire et que tous les chrétiens savent bien de quoi il s’agit quand on parle de la Création.

L’accusation fera ensuite défiler une demi-douzaine de témoins, surveillants, élèves qui confirmeront que Scopes a bien enseigné l’évolution en classe de biologie, ce que la défense ne conteste d’ailleurs pas. La stratégie de Darrow est ailleurs, il veut démontrer l’ineptie de l’interprétation littérale scrupuleuse de la Genèse par les fondamentalistes et à l’inverse le coté rationnel et solide de l’interprétation darwinienne de l’origine de l’homme. Il cite comme témoins plusieurs sommités scientifiques pour parler de l’évolution. Un seul est admis par le juge, le professeur Maynard Metcalf, un zoologiste de l’université Johns Hopkins, qui fait un exposé de la théorie de l’évolution. L’accusation demande aussitôt la récusation son témoignage, au motif que ça n’a aucun intérêt de savoir ce qu’est l’évolution, puisque son enseignement est de toute manière interdit par le Butler act. Le juge Ralston accédera à cette requête et le témoignage du professeur Metcalf sera rayé des débats, comme non-pertinent. Darrow lit malgré tout et verse ensuite comme pièces au dossier les déclarations écrites de huit grands scientifiques et de quatre théologiens sur la question de l’évolution, son objectif étant de essentiellement d’utiliser le procès comme tribune pour faire connaître au plus grand nombre les faits en faveur de l’évolution et de la science. C’est aussi un moyen pour lui de disposer d’éléments de discussion en cas de procédure ultérieure d’appel.

 

Effets de manche et verdict

On entre alors dans la dernière ligne droite du procès. Avec les comptes-rendus quotidiens dans la presse nationale, les débats drainent un public de plus en plus nombreux, au point que le juge s’inquiète de la solidité du sol de la salle d’audience qui risque de s’effondrer sous le poids de l’assistance. Au septième jour, il ordonne donc le transfert de la cour sur la pelouse en face du palais de justice. Près de 5000 personnes assistent aux débats qui se déroulent désormais en extérieur, soit trois fois la population habituelle de Dayton.  Ce jour là, Darrow fait un incroyable coup de théâtre, sans équivalent dans l’histoire de la procédure judiciaire américaine, pour le plus grand bonheur des commentateurs et journalistes. Il appelle à la barre William Bryan, comme expert de la Bible. Ainsi, l’avocat du prévenu cite comme témoin de la défense le procureur chargé de mener l’accusation contre lui ! Après la confusion créée par cette demande pour le moins extravagante, Bryan accepte, à la condition de pouvoir ensuite interroger à son tour l’avocat de la défense, ce qui lui est accordé. Il prend donc place à la barre des témoins, armé de son éventail en paille, sous la tente de fortune dressée sur la pelouse de la place de Dayton. Pendant un long moment, Darrow va cuisiner Bryan sur son acceptation littérale de la Bible : Croit-il vraiment que la Création s’est déroulée en seulement six journées de 24 heures, que la baleine a pu avaler Jonas, que Josué a arrêté le soleil et la lune dans le ciel pendant la bataille des Hébreux contre les Amorites. Bryan s’énerve, dit d’abord que, oui, il croit à une interprétation stricte de la Genèse, puis finalement finit par admettre que les six “journées” de la Création biblique peuvent être interprétées de manière symbolique et pourraient chacune couvrir une période substantiellement plus longue. L’interrogatoire tourne à l’aigre, émaillé d’invectives entre les deux hommes dont les points de vue sont clairement irréconciliables. Le juge coupe coupe court à l’affrontement et ajourne les débats. Finalement, le lendemain, le juge annonce que témoignage de Bryan est lui aussi supprimé des minutes du procès, comme non pertinent. Ceci clos les auditions des témoins et annonce les plaidoiries des deux camps.

Dernière pirouette de Darrow, il annonce que la défense plaide coupable et demande la condamnation de Scopes. Ceci prive Bryan du réquisitoire fleuve qu’il fourbissait depuis des jours. En effet, si la défense admet les charges, l’accusation n’a plus lieu d’argumenter. Bryan est furieux de se voir priver de cette tribune nationale, mais le juge annonce la fin des débats et le jury se retire.

Sans surprise, après seulement dix minutes de délibération, les douze jurés reviennent avec un verdict unanime : Scopes est coupable. Le juge le condamne à une amende de 100 dollars. Tout le monde est content, le juge a eu sa publicité et l’accusation triomphe puisqu’elle a gagné et que Scopes est condamné. Paradoxalement, la défense est aussi satisfaite. Tout d’abord, à travers les Etats-Unis, la presse a largement pris parti pour Darrow contre Bryan. L’objectif juridique de l’ACLU n’était d’ailleurs pas de gagner ce procès en première instance, mais au contraire d’obtenir un verdict de condamnation. Avec un jury populaire local de méthodistes et de baptistes sudistes, il y avait d’ailleurs fort peu de chance de faire acquitter Scopes, celui-ci ayant reconnu les faits. Non, l’ACLU veut aller en appel devant la Cour suprême du Tennessee, puis devant la Cour suprême fédérale. Devant cette dernière juridiction, il est en effet vraisemblable que Butler act sera reconnu contraire au premier amendement et donc invalidé. L’association pour les libertés civiles a donc une ambition bien plus importante, depuis le début, sa stratégie est d’utiliser l’affaire Scopes comme un levier pour faire déclarer par la Cour suprême que les lois interdisant l’enseignement de l’évolution sont inconstitutionnelles.

 

Conséquences et épilogue

En dépit du triomphalisme des deux camps, le procès du singe va leur laisser à tous un goût amer. Malgré le verdict, la presse nationale va largement donner Darrow comme “vainqueur” son duel avec Bryan. Ce dernier, peut-être éprouvé par la tension de l’affrontement, décédera d’une crise cardiaque à peine quelques jours après la fin du procès. Pour ce qui concerne les  adversaires du Butler act,  les choses ne vont pas tourner comme prévu. Un an et demi après, début 1927, l’affaire va effectivement être jugée en appel devant la cour suprême du Tennessee. Les neuf juges de cette instance vont bien casser la décision du tribunal de Dayton, comme le leur demandent Darrow et l’ACLU, mais pour des raisons techniques, pas pour des raisons constitutionnelles. C’est en effet le juge Ralston qui a fixé le montant de l’amende, alors que cette prérogative revenait aux jurés. Dans leurs conclusions, ils précisent que leur décision est définitive et que l’affaire Scopes est donc close et non renvoyée devant un autre tribunal. C’est la fin du procès du singe. La stratégie a donc fait long feu : le Butler act n’est pas déclaré inconstitutionnel et comme le jugement a effectivement été annulé à la suite de leur appel, l’ACLU et Darrow ne peuvent plus se pourvoir devant la Cour suprême fédérale.

A l’issue de cette bataille juridique majeure, l’enseignement de l’évolution et des origines de l’espèce humaine reste donc hors la loi au Tennessee. D’autres états du Bible belt, comme  par exemple l’Arkansas, adoptent des législations analogues dans la deuxième moitié des années vingt. La conséquence de ce procès sera donc une autocensure des collèges publics, qui cesseront d’enseigner l’évolution pendant une longue période. Le Butler act continuera en effet a être en vigueur au Tennessee jusqu’en... 1967, date à laquelle il sera abrogé par l’assemblée de l’Etat. Pour l’Arkansas, il faudra attendre 1968, et une décision de la Cour suprême des Etats-Unis qui déclare effectivement inconstitutionnelles ces lois créationnistes, en vertu du premier amendement qui instaure la séparation de la religion et de l’Etat.

Ainsi, à peine quelques mois avant que la science et la technologie des américains ne triomphent aux yeux du monde entier en parvenant à envoyer Neil Armstrong poser le pied sur la lune, certains d’entre eux se voyaient interdire par la loi l’enseignement d’une des théories les plus fécondes de la biologie moderne.

(Figures extraites de Wikimedia commons)

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