CARNETS DESCARTES

Mooc, nouvelles vagues

En éducation et formation, une tornade est peut-être en cours de formation. Pour l’instant, il s’agit plutôt de vents légers, mais l’onde frémit. Il s’agit du phénomène des MOOC (Massively Open Online Courses), dispositifs (au sens que Daniel Peraya donne à ce terme [4]) d’un type nouveau. L’abréviation a déjà donné lieu à une entrée dans le Oxford Online Dictionary, qui le définit comme "a course of study made available over the Internet without charge to a very large number of people" . Sa sonorité n’est d’ailleurs pas très heureuse puisque le même dictionnaire définit mook, terme d’argot américain, comme "a stupid or incompetent person". L’acronyme sonne aussi de manière peu euphonique en français1.

Ce dernier avatar en date de la modernité en matière de modalités de formation à distance suscite un grand intérêt et pas mal d’espoirs ainsi que quelques critiques.

On peut rappeler que Larry Cuban, en 2012, estimait que nous sommes face à un nouveau cycle d’hyperbole (Hype cycle) et s’inquiétait de voir se produire une redéfinition étroite de l’acquisition d’information et de compétences [1].

On peut aussi penser à Henri Dieuzeide qui, en 1982 dans un article mordant intitulé Marchands et prophètes en technologie de l’éducation, avait analysé l’intervention périodique, envers les enseignants, de deux figures. La première est celle du marchand et la seconde celle du prophète, qui rejette les systèmes existants [et] annonce la venue d’une ère nouvelle, la réforme de l’éducation, le salut par la machine [3].

Ceci étant, le phénomène MOOC a indubitablement un caractère de nouveauté. Il constitue un objet intéressant pour la recherche en éducation, qui est bien placée pour analyser comment se déroulent les apprentissages et quels sont les obstacles à la diffusion de ces formes ouvertes de formation.

John Daniel, dans un texte pénétrant de 2012, a ainsi clairement discuté la différence entre les cmoocs, connectivistes, qui se situeraient en somme un peu dans la tradition de Wikipedia, les interactions entre apprenants en plus, et les xmoocs, qui prolongent les formes existantes de formation en ligne [2]. Les premiers jouent sur la mise en réseau d’apprenants, les seconds (sur lesquels il a centré son analyse) adoptent en général une programmation didactique stricte et recherchent des modes efficaces de gagner de l’argent.

Nous sommes désormais dans une situation où l’appellation MOOC tend, dans le langage courant, à désigner à peu près tout dispositif de formation à distance (pourvu que les cours soient ouverts à tous), indépendamment du nombre d’inscrits et quel qu’en soient le modèle économique et les modes de certification.

Il faudrait donc établir une démarcation plus précise entre différentes formes de dispositifs et analyser, pour chacune, l’évolution des modalités de conception, les usages et pratiques, les modes de validation des apprentissages et les modèles économiques.

Ces tâches, bien entendu, ne pourront se développer lorsque fonctionneront suffisamment de tels dispositifs.

Références

[1]  Larry Cuban. Moocs and hype again. http://larrycuban.wordpress.com/2012/11/21/moocs-and-hype-again/, November 2012.

[2]  John Daniel. Making sense of MOOCs : musings in a maze of myth, para- dox and possibility. http://www.tonybates.ca/wp-content/uploads/Making-Sense-of-MOOCs.pdf, 2012.

[3]  Henri Dieuzeide. Marchands et prophètes en technologie de l’édu- cation. http://edutice.archives-ouvertes.fr/edutice-00000772/fr, 1982.

[4]  Daniel Peraya. La formation à distance : un dispositif de formation et de communication médiatisées. une approche des processus de média- tisation et de médiation. http://archive-ouverte.unige.ch/vital/access/services/Download/unige:17647/FULLTEXT, 2005.

 

1Il me semble qu’il vaudrait mieux prononcer à la française, non pas MOUQUE mais MOQUE, malgré le caractère potentiellement irrévérencieux de ce dernier terme.

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