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Un regard sur le FLE, M. Hugues DENISOT

Instituteur de formation et professeur de français langue étrangère, Hugues Denisot a enseigné aussi bien en France qu’à l’étranger (Espagne, Etats-Unis, Belgique). Il a coordonné pendant dix ans l’enseignement du français langue étrangère à l’Ecole européenne de Bruxelles (Uccle) et a participé, à ce titre, à l’écriture des programmes de français langue étrangère des établissements de ce réseau ainsi qu’au programme d’Arts plastiques. Il est, depuis l’année 2002, auteur de méthodes d’enseignement du français langue étrangère aux jeunes enfants aux éditions Hachette FLE. Il est également co-auteur, avec Catherine Macquart-Martin, du module « Enseignement précoce » de la plateforme d’autoformation réalisée par la Fédération Internationale des Professeurs de Français (FIPF) à la demande de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et à destination des professeurs de français du continent africain.
Il a intègré dès les années 90 la théorie des Intelligences Multiples à son enseignement et s’est formé à la lecture des ouvrages de Bruno Hourst. Ces choix didactiques sont pleinement assumés dans ses méthodes à succès, Tatou le matou et Les Loustics.

Il est depuis septembre 2006, Attaché de coopération pour la langue française aux Pays Bas puis en Belgique et depuis Attaché de coopération éducative et linguistique à l’Institut français de Budapest et coordinateur des Alliances françaises de Hongrie. Si ce parcours a attiré votre attention, voici son CV complet: https://www.linkedin.com/in/hugues-denisot-31740321 


Justement, je l'ai connu en Macédoine pendant ce module "Enseignement précoce" et, à ma demande ces jours-ci, il a eu la gentillesse de trouver le temps et de donner réponse à mes questions que je considère importantes pour nous tous. Јe le remercie vivement.

Nous connaissons votre remarquable parcours professionnel, mais nous sommes curieux de connaître les débuts et à découvrir quel a été le déclic qui vous a dirigé vers le FLE ?

A l'âge de 24 ans, j'ai décidé de quitter la France pour enseigner à l'étranger. Je me suis retrouvé instituteur à Las Palmas sur la Grande Canarie. J'avais une classe de CE2 de 26 élèves dont seuls 3 ou 4 parlaient déjà assez bien le français. Je ne parlais pas espagnol. Je me suis aperçu très vite que je ne pouvais pas enseigner comme si c'était une classe francophone. A l'époque, l'enseignement du FLE aux enfants n'était pas développé comme il l'est aujourd'hui. J'ai cherché moi-même des solutions aux problèmes que je rencontrais. J'ai créé des ateliers, un coin écoute et je me suis appuyé sur l'approche interdisciplinaire et la pédagogie de projet pour motiver mes élèves. Mon expérience d'enseignant en école maternelle m'a été très utile. La même année, j'ai rencontré Jean Duverger qui était mon inspecteur. Durant l'été, je me suis inscrit à mes frais au stage CREDIF à La Rochelle. L'année suivante, j'ai été nommé au Collège Saint-Exupéry à Madrid et j'ai rejoint une équipe formidable d'enseignants dont Ghislaine Bellocq, très connue aujourd'hui dans le monde du FLE. J'ai intégré un groupe d'action recherche en bilinguisme avec Jean Duverger et ai repris mes études en FLE, de la licence juqu'au Master 2 en "Politiques linguistiques et éducatives" à l'Université d'Aix-Marseille. C'est à Madrid que j'ai commencé à donner des cours de FLE et de FOS aux adultes, au sein de l'AF et de l'IF de Madrid. A partir de ce moment, toutes mes recherches ont été consacrées au FLE, au FOS et à l'Ingénierie de la formation. J'ai été repéré par hasard par Hachette FLE en 1998 alors que je donnais une conférence sur mes pratiques de classe à l'Ecole européenne de Bruxelles. C'est comme cela que je suis devenu auteur pour cette maison d'édition. Rien n'était prémédité.

Dans quel milieu professionnel souhaiteriez-vous vous retrouver d'ici quelques années ?

Le milieu dans lequel j'exerce actuellement me convient parfaitement et j'espère que je pourrai continuer encore dans ce milieu des Instituts français et des Alliances françaises pendant quelques années. J'ai trois autres besoins qui ne me quittent pas : enseigner dans les classes, rencontrer des collègues de tout horizon et les former, écrire des manuels. Heureusement, dans le cadre de mes fonctions d'Attaché éducative, je suis encore régulièrement sollicité pour animer des cours de démonstration de FLE (enfants et adultes). Je suppose que cela me donne une certaine légitimité auprès des collègues mais moi, ça me fait un bien fou. De même, je mets un point d'honneur à participer en tant que formateur aux Universités d'été régionales de Budapest que nous organisons chaque année, début juillet, pour les enseignants de FLE et de DNL d'Europe centrale. Concernant les manuels, j'espère que je pourrai reprendre cette activité dans le futur. J'aimerais participer à l'élaboration d'une méthode pour adultes. Un rêve que je ne réaliserai peut-être jamais, créer ma propre école ou aider à la création d'une école trilingue. Je suis très intéressé également par l'enseignement aux enfants souffrant d'handicaps mentaux.

Quelles sont les professions ouvertes pour les enseignants ayant obtenu récemment leur diplôme de FLE/FLS ?

Dans un premier temps, enseignants bien entendu. Il me semble important que les jeunes collègues prennent le temps d'apprendre à enseigner car c'est sur le terrain que l'on développe tous ses talents grâce aux difficultés et aux réussites, grâce aussi aux échanges entre collègues. Il y a une multitude de contextes à découvrir, de techniques, de domaines et de spécificités. Il faudrait que nos diplômés puissent s'entraîner dans différentes situations pour ensuite choisir celles qui leur conviennent le mieux.


Au niveau des professions, donc enseignant de FLE, de FOS, de DNL, coach sur des milieux professionnels, responsable d'une équipe pédagogique, conseiller pédagogique, formateur de formateurs, concepteur de programmes spécifiques, concepteur d'outils pédagogiques, métiers liés à l'édition en FLE et FOS, chargé de missions pédagogiques, consultant, créateur d'un établissement, chercheur. Le jeune diplômé de FLE, du moins ceux que je rencontre, ont en commun le goût de l'aventure et un formidable don pour s'adapter à toutes les situations. Très vite, ils trouvent d'eux-mêmes leurs propres centres d'intérêt dans le métier et cela conditionne leurs choix professionnels. Il est primordial pour eux de continuer à se former et à ajouter une spécialité à leur formation de base (numérique et FLE, phonétique, théâtre, public entreprise...)

Beaucoup de personnes pensent qu'un enseignant FLE, c'est voyager et enseigner. D'après vous, quels sont les besoins FLE en France par rapport à ceux à l'étranger ?

Ayant une carrière FLE à l'étranger, je ne connais pas très bien les besoins en France. Toutefois, le réseau des centres de formation en FLE et en FOS est riche et varié entre les Alliances françaises, les centres de linguistiques appliqués, les universités, les GRETA, les écoles internationales, les associations d'aide et de soutien auprès des migrants ...

Pensez-vous qu'il existe un équilibre entre le nombre d'enseignants FLE et les besoins en formateurs ?

Il me semble difficile de répondre à cette question. Là encore je ne suis pas spécialiste. Malgré tout, il est clair que le Monde a besoin et aura besoin d'un grand nombre d'enseignants de FLE. Nous savons qu'il manque un nombre considérable de professeurs de français notamment en Afrique. Or, ce ne sont pas de professeurs de français langue maternelle dont ce continent a besoin mais bien de professeurs de FLE et de FLS. Dans certains pays, on manque cruellement de professeurs de FLE car ces derniers, du fait de mauvaises conditions salariales se tournent vers d'autres métiers profitant de leurs compétences linguistiques, de leurs talents oratoires, de leur esprit d'analyse et de leur savoir-faire en terme de transfert de connaissances. Dans d'autres pays, nous avons l'impression qu'il y a trop d'enseignants de Fle mais c'est surtout, d'après moi, parce que les autorités éducatives ne jouent pas le jeu de vouloir réellement proposer d'autres langues que l'anglais à leurs élèves même si les lois le permettent. Par contre, le manque d'enseignement de FLE dans les systèmes éducatifs entraîne souvent une augmentation des besoins dans les centres de formation pour adultes, donc il peut y avoir une demande plus forte à ce niveau. Je pense que la réponse à cette question peut varier suivant la zone géographique dont on parle.

Comment faire l'impasse sur les conditions de recrutement et de travail au quotidien des enseignants, dans le public comme dans le privé, les niveaux de rémunération le plus souvent "a minima" ?

On ne peut pas le nier, les conditions de travail et le niveau de rémunération des enseignants de langues, toutes langues confondues, sont mauvaises et n'encouragent pas les jeunes à choisir cette voie ou plutôt à rester sur cette voie.

Le premier problème est que l'apprenant de langue ou le client en matière de langue n'est pas prêt à dépenser beaucoup d'argent pour apprendre une langue. Il a le souvenir d'un apprentissage "gratuit" dans le cadre scolaire et a l'impression que ce n'est pas si sorcier comme métier. Après tout, il pourrait fort bien, pense-t-il, enseigner aussi sa propre langue sans effort. Si l'on vise une clientèle ample, aux moyens financiers peu élevés, cela a bien entendu des répercussions sur le prix des cours et par ricochet sur les salaires des enseignants.

Pour moi, le plus important est dans un premier temps de faire changer les représentations des "apprenants" et des "clients" et leur démontrer par notre travail et nos résultats que tous les cours de langues n'ont pas la même valeur et que le professionnalisme a un prix. Il faut faire comprendre notamment aux entreprises, pourtant bien placées pour le savoir, que les résultats obtenus après 60 heures de cours ne sont pas les mêmes avec un professeur non formé et un professeur formé utilisant des outils spécialisés et adaptés. Lorsque les clients auront compris que la qualité a un prix, nous pourrons revaloriser les salaires de nos enseignants de FLE et mettre fin à cette précarité existante. Il est important que les collègues eux-mêmes, lorsqu'ils donnent des cours privés, ne sous-estiment pas leur valeur. Ils ont une possibilité de contrôler les prix sur le marché local.

Parallèlement, il me semble fondamental de travailler l'image du français et de la Francophonie, de donner le goût du français, de démontrer sa force en terme d'employabilité, en terme d'alternative, de force et de chance. Pour cela, nous avons besoin d'une prise de conscience des entreprises francophones pour qu'elles replacent dans leurs préoccupations leur appartenance à une culture d'entreprise portée par une langue maternelle forte au côté d'une autre langue qui peut aussi être l'anglais. Nous avons également besoin que la Francophonie économique se développe, de mettre en avant ce marché entre pays francophones et pays tiers, de valoriser le potentiel africain. Si l'on redonne au français sa valeur de grande langue internationale, il pourra regagner une valeur financière et les apprenants seront prêts à payer davantage pour l'apprendre, conscient du retour sur investissement possible.

Nous avons besoin aussi que les Francophones du monde entier soient fiers de leur langue, la mettent en valeur et montrent de la reconnaissance à ceux qui font l'effort d'essayer de se l'approprier. Les Francophones se doivent d'être bienveillants envers les apprenants de FLE.

Concernant les collègues de FLE, ils ont de nombreuses possibilités d'améliorer leur salaire en dehors des cours dispensés dans leurs institutions. Comme tout enseignant, ils peuvent proposer des cours privés, peuvent prétendre à d'autres métiers s'ils ont les compétences requises (traducteurs, guides, correspondants dans des centres d'appels). Toutefois, je préfèrerais, tout comme eux, que leurs rémunérations puissent leur permettre de pouvoir se consacrer entièrement à leur tâche d'enseignants au sein d'une seule et même institution. Cela aurait aussi des conséquences positives pour ces dernières qui regrettent amèrement l'époque où tous leurs enseignants étaient titulaires, l'époque où les équipes pédagogiques travaillaient ensemble, élaboraient des programmes, créaient des outils pédagogiques.

Selon vous, quels sont les axes de travail et les perspectives qui se dessinent pour l’enseignement FLE dans les années à venir ?


Les axes de travail et les perspectives qui se dessinent se basent sur des besoins formulés, des réalités de terrains ou des propositions de formation rencontrant actuellement un vif succès.

L'enseignement du FLE et du FOS est de plus en plus professionnel. Les axes de travail ont déjà changé. L'enseignement du FLE s'est fortement professionnalisé. Il se doit d'être efficace et multiforme. Il doit s'adapter à la demande du client, à ses besoins, à ses exigences, à ses manières d'apprendre. Une seule réponse didactique ne me semble pas réaliste puisque les apprenants viennent avec leurs propres représentations de l'acte d'apprendre. De ce fait, nous avons besoin d'offres de cours diversifiées avec une équipe aux compétences complémentaires, au fort potentiel d'adaptabilité.

L'intégration des TICE est une évidence et la création de parcours hybrides est une nécessité. Il faut donc désormais réfléchir à la formation des enseignants à cette manière de faire cours, d'encadrer ses apprenants dans de tels dispositifs.

L'analyse des besoins est encore peu développée même si l'on en parle beaucoup. Premièrement, peu de futurs apprenants ou clients sont capables d'énoncer clairement leurs besoins. D'autre part, cela demande la mise en place d'enquêtes, d'audit, d'observations qui ont un coût que le client est rarement prêt à supporter. Ceci étant dit, l'analyse de besoins poussée est le seul gage de réussite de tout enseignement.

Voici les axes de travail à developper à mon humble avis :
- prise en compte des profils d'apprenants et adaptation des contenus des cours et du travail personnel à fournir
- enseignement du FLE aux très jeunes et jeunes publics. C'est un public qui risque de prendre une place considérable dans l'avenir lorsque les parents auront compris que le bilinguisme anglais-langue maternelle est dépassé et qu'il vaut mieux faire apprendre une autre langue avant l'anglais à leurs enfants
- enseignement dans le cadre de cours "hybrides", compétences à enseigner à distance, avec des outils numériques
- enseignement du FOS, avec des techniques diverses et variées, adaptées aux situations et répondant à des tâches professionnelles précises, à des niveaux du CECR plus bas qu'actuellement
- enseignement en situation de face à face, animation d'un cours individuel
- développement des cours axés seulement sur les compréhensions orales et écrites
- développement de cours axés sur l'intercompréhension des langues
- harmonisation des certifications françaises en français général et français professionnel, valorisation de ces certifications

Comment un enseignant FLE pourrait rester motivé ?

C'est une vaste question. Bien entendu la rémunération est déjà une réponse mais ce n'est pas la seule. J'ai eu la chance de travailler parfois dans des structures qui offraient de "bons" salaires et je peux vous dire que cela ne suffisait pas à la motivation des enseignants.

La première chose est peut-être de créer dans son enseignement des moments durant lesquels ce que vous avez apporté à vos apprenants puisse être visible, soit parce qu'ils démontrent leur nouvelle capacité à .., soit parce qu'ils peuvent verbaliser ce qu'ils ont appris. Il me semble primordial aussi de soigner sa relation aves ses étudiants, ses clients et de créer rapidement une dynamique de groupe pleine d'énergie et un cadre propice aux apprentissages dans des relations humaines de qualité. Quoi de plus motivant que d'aller au travail en sachant que l'on va retrouver des personnes qui vous attendent avec impatience et qui sauront vous donner autant que vous leur donnez.

Il me semble également important pour rester motivé de ne pas travailler seul. Selon nos conditions de travail, collaborer avec un collègue, échanger au sein d'une équipe, aller en formation continue dans son pays, à l'étranger, suivre un blog, un scoop-it, être actif sur un réseau social professionnel comme IFprofs contribuent sans aucun doute à sa motivation. De même, être force de proposition dans son travail, au sein de son institution, se sentir utile en dehors de sa salle de classe est également une possibilité à saisir. Se remettre en question, relever des défis en prenant en main de nouveaux cours, de nouvelles tâches pédagogiques, en s'essayant à de nouvelles techniques, de nouvelles fonctions, permet aussi de casser une certaine routine et de rester motivé.

Bien entendu, l'Institution elle-même et les équipes de Direction ont aussi leur part à jouer dans la motivation de leurs équipes.

Un petit conseil d'or pour encourager les futurs enseignants FLE ?

Comptez sur ce que vous êtes en tant que personne ! Construisez-vous avec les autres en tant que professionnel ! Faites vous plaisir dans vos salles de classe ! Soyez positifs ! Communiquez !

Commentaires

  • Agathe Rembauville Nicolle 28/11/2016

    Super intéressant...  Merci Olivera !

  • Pauline Momon Monchain 29/11/2016

    Sacré parcours le petit bonhomme ! On a du chemin à parcourir !

  • Caroline Rouvet 30/11/2016

    Tout simplement fascinant, j'adore son parcours, (genre c'est mon dieu :P c'est l'auteur du manuel Les Loustics, c'est trop bieeeeeen). Bon j'arrête de faire ma fangirl, mais cet entretien est extrêmement :

    1- formateur

    2- encourageant

    3- une mine de pistes et de bonnes idées pour notre futur pro!

    Je te remercie vivement également Oliveira car j'ai adoré lire ce que ce monsieur avait à nous dire :) Je vais regarder de plus près tout ce dont ton article nous fait part...

  • Caroline Rouvet 30/11/2016

    *Olivera, pardon ;)

  • Olivera Dimeska 01/12/2016

    Les filles, vos commentaires me font vraiment plaisir. J'adore surtout ses petits conseils en fin d'article :))