CARNETS DESCARTES

Altaïr Desprès : « Venues pour les plages, restées pour les garçons ? Du tourisme à l’expatriation amoureuse des femmes occidentales à Zanzibar »

Altaïr Desprès est doctorante en sociologie et anthropologie. Elle est membre associée à l'URMIS (unité de recherche migrations et société) via l'université Paris Diderot et Nice Sophia Antipolis.

Sa recherche début en 2014 à Zanzibar entre les jeunes femmes occidentales et les jeunes de Zanzibar. La recherche a lieu sur les plages au Nord, à l'Est et à la capital (Zanzibar city).Ce travail repense la temporalité touristique et migratoire, on casse avec l'image médiatique de femmes blanches naïves venant assouvir leur libido auprès de jeunes africains en manque d'argent. De fait, l'analyse en terme prostitutionnel ne fonctionne pas car il n'y a pas d'argent et il n'y a pas que du sexe. D'autant plus qu'il s'agit de femmes occidentales qui font le choix de la migration, des pays du Nord vers le Sud. Il s'agit de couples jeunes et durables, qui ont le même âge à 5 ans près, et qui témoignent d'une affection mutuelle. 

La méthodologie de l'enquête est l'observation, l'enquêtrice est une femme et est donc pris dans le jeu de séduction de la part de ces jeunes de Zanzibar (observation participante). Mais aussi l'entretien, à ce moment de l'enquête, 40 entretiens d'acteurs du tourisme et de couples. Zanzibar séduit une population européenne de 20 à 24 ans et 65% sont des filles. Les filles partent souvent entre copines et non pas en couple.

Ces femmes ont avant tout rencontré un partenaire sexuel, pour plusieurs raisons. Les espaces touristiques, les lieux de loisirs sont des lieux favorables à la rencontre et à la rencontre conjugale. L'expérience touristique permet d'avoir des relations "loin du regard de sa propre société", de celui de sa famille. Mais le cadre naturel, les fêtes organisées (avec les facteurs liés à la fête : drogue et alcool), le dépaysement tout cela donne un bon cocktail pour les rencontres intimes. Elles disent avoir succombé au charme de leur partenaire et à l'ambiance romantique.

D'après trois entretiens menés plusieurs fois avec des femmes, on observe le même procédé dans l'expatriation des femmes : la rapidité à s'engager (seulement quelques semaines), pas grands choses ne les retenaient en Europe (travail pénible, etc.) et le marché du travail favorable pour les étrangers surtout dans le domaine touristique où elles trouvent des postes à hauteur de leurs compétences.

C’est dans l’imbrication des logiques professionnelles et relationnelles qui faut penser ces travaux. Les attentes émotionnelles et sexuelles informent les parcours migratoire contemporain mais ces attentes prennent consistances avec la disponibilité affective et sexuelle des femmes. Loin d’avoir tout quitté sur un coup de tête, les conditions n’ont pas été laissé au hasard, elles patientent d'avoir les moyens financiers. La préparation du voyage est un choix amoureux raisonnable d’une autre vie meilleure pour elles. Il faut aussi prendre en compte les capitaux économiques et culturels des femmes et des jeunes hommes. S'ils ne sont pas sur le même niveau économique de leur partenaire qui ont des études universitaires et un salaire bien plus élevé. Ils ont un capital culturel, ils aident leur partenaire dans l'ascension économique de celle ci une fois sur place et dans leur expatriation au sens large. Ils sont médiateurs de la culture et du fonctionnement sur place, surtout si le couple à un projet professionnel, donc nécessité de connaitre les institutions et les logiques de fonctionnement. 

L’analyse des trajectoires de leur expatriation amoureuse montre qu’elle doit être mis en regard avec les conditions sociales du départ et celles des conditions durables de la société d’accueil. Si les femmes sont bien venues pour les plages, elles ne sont pas restées que pour les garçons.