CARNETS DESCARTES

Le Boronali : une peinture, un canular

Coucher de soleil sur l'Adriatique, le Boronali

 

Joachim-Raphaël Boronali est un peintre devenu célèbre au début du XXe siècle grâce à un seul et unique tableau : Coucher de soleil sur l'Adriatique, connu maintenant sous Le Boronali.

 

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Ce tableau a été exposé en 1910, lors du salon des Indépendants et a fait couler beaucoup d'encre car les critiques d'art se sont intéressés fortement à ce tableau, mais pas seulement eux. En effet, quelques jours plus tard, Le Matin lève le voile sur le véritable auteur de ce tableau : un âne.

 

L'histoire du Boronali

En 1910, Frédéric GERARD, surnommé le père Frédé et patron du cabaret "Le Lapin Agile", et ses amis Roland DORGELES, André WARNOD et Piere GIRIEUD voulurent dénoncer ce que Walter BENJAMIN appellait "la valeur d'exposition". Tout comme Marcel DUCHAMP qui exposait un urinoir renversé ou une roue de vélo pour se moquer des musées, les 4 compères déploraient qu'un beau cadre exposé au public suffisait pour constituer une oeuvre d'art.

 

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Joachim-Raphaël BORONALI est un pseudonyme inventé par Roland DORGELES et ses amis dont le nom est l'anagramme de Aliboron, l'âne de Frédé, le véritable auteur de cette peinture. En effet, les complices ont trempé alternativement la queue de l'âne dans différents pots de peinture, puis donné des feuilles de tabac et des carottes afin qu'il remue la queue sur la toile placée près de sa croupe.

Après le scandale sur le véritable auteur, la toile s'est vendu à 20 louis d'or, c'est-à-dire 400 francs et fait maintenant partie de la collection permanente de Paul BEDU, à Milly-la-Forêt.

 

Les 100 ans du Boronali

En 2010, le Boronali fêta ses 100 ans dont voici une critique d'artnet :

Il est apparu que le tableau produit voilà cent ans par Aliboron-Boronali reposait finalement sur un double bluff. Car il est exclu que le paysage ait pu être confectionné par l'âne seul. Qui peut croire qu'Aliboron ait pu se laisser guider de façon à créer des zones régulières de couleurs, ni encore moins cet ensemble continu partagé par une ligne d'horizon, qui fait songer à Nolde ? Lors du récent remake devant le Lapin agile, on a pu constater que la queue de l'animal balayait la toile de larges coups de pinceau isolés, sans direction, de manière aussi opiniâtre que brouillonne. Il en résultait une sorte de réseau de lignes. Ces traits désordonnés se trouvent également dans la version de 1910. Ils viennent sans aucun doute se superposer à une composition préalablement fournie dans ses grands lignes par un peintre. C'est ensuite qu'est intervenue la queue de l'âne, ajoutant la note expressive, où une sorte d'écriture automatique se rebelle contre le motif.

 

Sources

Biographie et histoire (wikipédia)

Artnet, critique

Milly-la-Forêt